L’inclusion d’un chiffre dans un acronyme, au milieu de lettres, suscite souvent des questionnements inattendus. Le « 2 » ne relève pas d’une simple extension alphabétique, mais d’une reconnaissance particulière qui échappe à la plupart des conventions linguistiques.Ce symbole occupe une place particulière dans les discussions contemporaines sur la diversité, révélant des dynamiques et des héritages spécifiques. Sa présence ne vise pas seulement à étendre une liste, mais à rappeler une histoire distincte, parfois oubliée, au sein des mouvements identitaires.
Pourquoi l’acronyme LGBTQ2IA+ évolue-t-il sans cesse ?
Impossible de figer LGBTQ2IA+ dans le marbre : il bouge, s’étire, se transforme à mesure que de nouvelles voix exigent d’être visibles. À l’origine, LGBT rassemblait déjà plusieurs identités : lesbiennes, gays, bisexuels, personnes transgenres. Rapidement, la nécessité d’aller plus loin s’est imposée. Le « Q » de queer a pris sa place, puis les lettres I et A pour intersexes et asexuels. Quant au « + », il ouvre la porte au-delà de ce qui est déjà nommé. Chaque lettre répond à un manque, à la volonté de mettre en lumière des parcours longtemps laissés dans l’ombre.
Ce changement perpétuel ne relève pas du détail. Il traduit un besoin de reconnaissance. Il s’agit pour chacun de ne plus être réduit à une catégorie figée, à une orientation unique, à une norme binaire. Certes, cet acronyme suscite parfois le débat, mais il refuse l’oubli et l’effacement. Il nomme, il donne corps à des existences trop souvent ignorées.
Pour saisir l’ampleur de cette évolution, voici quelques repères :
- LGBTQ2IA+ se réinvente sans cesse, reflet de la pluralité des parcours et des luttes.
- La signification LGBTQ s’enrichit avec chaque expérience, chaque mobilisation individuelle ou collective.
- La forme LGBTQ2+ s’est affirmée en Amérique du Nord, afin de reconnaître pleinement l’identité bispirituelle.
Ce choix des lettres va bien au-delà d’une question de syntaxe. Il s’agit d’un geste politique, d’une affirmation collective. Les débats autour de l’acronyme témoignent de la vitalité des mouvements concernés. Rien n’est figé, tout se négocie, tout s’invente. Cette diversité gagne du terrain, influence les lois, façonne les médias, transforme la société.
Le chiffre 2 : une identité bispirituelle méconnue
La présence du « 2 » ou « 2S » dans LGBTQ2IA+ marque une rupture. Ce chiffre ne doit rien au hasard : il vient des traditions de plusieurs communautés autochtones nord-américaines. Être bispirituel, c’est occuper une position unique, en dehors des catégories de genre occidentales. Ni seulement homme, ni seulement femme, mais porteur d’un équilibre entre genre et spiritualité, transmis à travers l’histoire et les rôles sociaux de chaque peuple autochtone.
En élargissant la signification LGBTQ2IA+, le « 2 » rappelle que toutes les identités ne sont pas nées dans l’Occident moderne. Pour de nombreux peuples autochtones, les personnes bispirituelles occupaient des fonctions précises, parfois sacrées : gardiens de savoirs, médiateurs, passeurs de traditions. Leur existence précède de loin les débats actuels sur le genre ou la sexualité.
Certains éléments permettent de mieux appréhender la bispiritualité :
- L’expression « two-spirit » n’a pas d’équivalent exact en français, rendant sa réalité difficile à saisir hors contexte autochtone.
- La bispiritualité ne se limite ni à la dualité de genre, ni à une simple catégorie : elle englobe un large éventail d’identités et de croyances, spécifiques à chaque culture et à chaque histoire.
Inclure le « 2 » dans l’acronyme revient à saluer la richesse des savoirs autochtones, à rappeler l’indispensable lien entre genre et spiritualité, et surtout à rendre justice aux identités que la colonisation a tenté d’effacer. Cette reconnaissance donne la parole à celles et ceux qu’on a voulu faire disparaître, dans leur propre société comme dans le récit dominant.
Comment la reconnaissance du « 2 » enrichit l’inclusion dans la communauté
L’apparition du 2 dans LGBTQ2IA+ dépasse le simple symbole. Il signale que l’inclusion LGBT+ ne consiste pas à empiler des lettres, mais à ouvrir la porte à des réalités longtemps mises à l’écart. Reconnaître la bispiritualité, c’est élargir la lutte contre la discrimination LGBT et placer les voix autochtones au centre du dialogue.
Progressivement, les événements LGBT+ et les médias LGBT s’approprient cette dimension. Grâce à la Charte d’Engagement LGBT+, de nombreuses structures questionnent leurs pratiques, s’enrichissent des expériences bispirituelles et adaptent leur publicité inclusive. Pour les alliés LGBT, le « 2 » invite à s’informer, à respecter les réalités spécifiques des personnes concernées, à éviter l’appropriation culturelle et à soutenir activement les initiatives autochtones.
Voici comment ce mouvement s’incarne au quotidien :
- La diversité s’exprime lors des marches, dans les festivals, et dans les espaces militants où chaque personne prend la parole.
- Elle prend forme dans des interventions publiques, des campagnes de sensibilisation, et un respect réel des parcours individuels.
Ce choix ne se limite pas à une déclaration d’intention. Il s’agit de donner de la place à toutes les histoires, même à celles que le récit dominant a tenté d’effacer. L’acronyme LGBTQ2IA+ n’est pas une simple liste : c’est un outil vivant, forgé par les luttes, traversé par la mémoire, au service de la visibilité et de la justice pour chacun.
Perspectives et enjeux pour une société pleinement inclusive
Bâtir une société inclusive demande de la rigueur, de l’attention, du temps. Cela implique de reconnaître sans détour les identités plurielles et les récits trop longtemps marginalisés. L’émergence du « 2 » dans LGBTQ2IA+ agit comme un signal d’alarme : chaque institution, chaque acteur social, chaque collectif doit regarder la réalité de la diversité en face, sans se contenter d’un discours sur l’égalité des genres.
Plusieurs pistes concrètes s’imposent :
- Former les professionnels de l’éducation, de la santé, de l’administration pour accueillir dignement toutes les personnes, y compris celles qui se reconnaissent dans la bispiritualité ou les parcours atypiques.
- Mettre en œuvre des politiques publiques qui prennent en compte la réalité des personnes autochtones et de chaque minorité, au-delà des postures de façade.
- Combattre toutes les formes de discrimination : harcèlement, stigmatisation, violences, inégalités d’accès aux droits.
Les mobilisations pour la reconnaissance des identités ouvrent la voie à l’avenir LGBT+. Des associations, des familles, des collectifs s’engagent pour faire bouger les lignes et transformer concrètement les dispositifs existants. L’écriture inclusive fait partie des outils disponibles, mais elle ne peut suffire à elle seule : sans évolution des pratiques, la langue ne change rien. La direction est tracée : faire de la diversité une force vive, et non un simple mot à la mode.
Demain, qui viendra ajouter sa lettre, son chiffre, ou son histoire à ce sigle qui ne cesse de s’inventer ? Jusqu’où la société acceptera-t-elle d’élargir la toile de ses récits ?


